Portrait de femme : Gisèle Halimi
🥑 Dans ce portrait TEDxSaclayWoMen, explorons le parcours d’une femme qui changea l’Histoire : Gisèle Halimi.
Avant l’avocate, une petite fille. Gisèle naît en Tunisie, sous protectorat français, où filles et garçons n’ont ni les mêmes libertés ni les mêmes perspectives.
Les limites sont tracées. Elle n’a pas choisi sa vie que son sexe semble en avoir décidé les contours.
Mais Gisèle refuse.
Son féminisme naît de ce refus intime : être une fille ne doit pas limiter ses possibilités. L’évidence des autres devient son injustice à combattre.
Elle part à Paris étudier le droit, les lettres et les sciences politiques. En 1948, elle devient avocate.
Elle pourra défendre. Mais que faire lorsque l’injustice vient de la loi elle-même ?
En 1971, Gisèle signe le manifeste des 343, publié dans Le Nouvel Observateur. Les signataires déclarent avoir avorté alors que l’avortement est interdit.
Elles s’exposent. Ensemble, elles rendent public ce que chacune est censée taire.
Car la clandestinité ne supprime pas les avortements. Elle isole les femmes et laisse leurs moyens financiers déterminer les risques encourus.
Puis vient Bobigny, en 1972.
Marie-Claire Chevalier, adolescente enceinte après un viol, est poursuivie pour avoir avorté clandestinement.
L’agression, la grossesse et enfin le procès.
Sa mère, Michèle Chevalier, et trois autres femmes comparaissent pour leur participation à cet avortement. Gisèle Halimi les défend. Une jeune fille doit répondre devant la justice d’avoir tenté d’échapper aux conséquences d’un viol.
Comment défendre sans interroger ce qui l’a conduite là ?
L’avocate déplace le regard. Au récit d’une infraction, elle oppose une réalité que la loi refuse d’entendre.
Pourquoi condamner ces femmes plutôt qu’interroger leurs possibilités ? Pourquoi l’argent permet-il aux unes d’avorter dans des conditions moins dangereuses, quand les autres affrontent la clandestinité et ses risques ?
Sur le banc des prévenues, il y a des femmes. Dans le débat, il y a aussi la loi.
Sa stratégie : défendre ses clientes tout en mettant en cause le système qui les poursuit. Le tribunal devient une tribune, leur histoire une question posée à la société.
Ce procès est l’un des jalons du mouvement qui conduit à la loi Veil, promulguée le 17 janvier 1975.
Les rôles sont distincts. Simone Veil porte la réforme devant le Parlement ; Gisèle Halimi contribue, par la bataille judiciaire et la mobilisation collective, à la rendre possible.
L’histoire ne s’écrit pas d’un seul geste. Elle avance lorsque des femmes refusent le silence et que leurs combats déplacent la loi.
Au cinéma, dans L’Affaire Marie-Claire, sorti le 4 novembre 2026, Charlotte Gainsbourg incarne Gisèle Halimi.
Mais revenons à cette petite fille. Celle dont l’horizon semblait limité.
Son parcours raconte ce passage : refuser que les autres décident de sa vie, puis se battre pour que chaque femme puisse décider de la sienne. Avec une même exigence : la liberté.
Ecrit par Thomas Vassort