Portrait de femme : Emma Jung
🌉 Pour ce portrait TEDxSaclayWoMen, découvrons Emma Jung, épouse de Carl Gustav Jung, mais aussi analyste et auteure à part entière.
Héritière d’une grande famille d’industriels de l’horlogerie, elle apporta à son mari une sécurité matérielle, participa à ses recherches sur les associations de mots et confronta ses théories à son propre regard critique. Elle développa aussi ses propres travaux et une réflexion qui lui appartenait.
Ses recherches nous invitent Ă une question : comment entrer en relation avec ce qui vit en nous sans que nous le connaissions encore ?
Comment le moi, celui qui dit “je”, peut-il entrer en relation avec une vie psychique plus vaste, dont nos rĂŞves, nos attirances et nos Ă©motions nous donnent parfois un aperçu ?
Dans le vocabulaire de la psychologie jungienne, Emma explore l’animus, le principe masculin dans la psyché féminine, à travers quatre expressions : la puissance, l’action, la parole et le sens. Avec l’anima, elle étudie le principe féminin dans la psyché masculine, associé à l’Éros, au lien et à la relation. Ces figures incarnent des forces intérieures qui nous influencent à notre insu, mais peuvent devenir des ressources lorsque nous apprenons à les reconnaître.
Encore faut-il explorer les profondeurs de l’inconscient sans s’y perdre. Les contes et les mythes offrent des repères pour cette traversée.
Pensons à Icare, qui s’échappe de Crète avec Dédale grâce à des ailes de cire et de plumes. Trop près du soleil, la cire fond ; trop près de la mer, l’humidité alourdit ses ailes. Cette image éclaire notre propre équilibre : ne pas se laisser engloutir par l’inconscient, sans croire que la conscience peut tout maîtriser. Il ne s’agit pas de choisir entre les deux, mais de les faire travailler ensemble.
C’est dans cette même recherche qu’Emma explore les légendes du Graal. Dans la lecture jungienne, le Graal devient une représentation du Soi : une totalité qui comprend le conscient et l’inconscient, l’esprit et l’instinct, l’idéal et la réalité vécue.
Cette quête peut alors se lire comme une mise en relation : laisser les images, les rêves et les intuitions éclairer ce que la conscience ne parvient pas encore à saisir. Mais aussi laisser la conscience interroger ces images, leur donner une forme et en discerner la portée.
Le mouvement va dans les deux sens. Ce que nous comprenons peut transformer notre manière de ressentir. Ce que nous ressentons peut remettre en question ce que nous pensions avoir compris. Il ne s’agit ni de tout expliquer par la raison, ni de tenir chaque intuition pour une vérité, mais de permettre à l’une et à l’autre de se répondre.
Ce dialogue entre ce que nous savons et ce qui nous échappe donne aussi tout son relief à l’exploration du masculin et du féminin.
Et si les recherches d’Emma nous invitaient à cette question : jusqu’où pouvons-nous élargir notre compréhension de nous-mêmes lorsque le masculin et le féminin entrent véritablement en dialogue ?
Ecrit par Thomas Vassort