Portrait de femme : Etty Hillesum

Portrait de femme : Etty Hillesum
22/10/2026

đź“– Beaucoup d’entre vous connaissent le Journal d’Anne Frank. Mais combien connaissent celui d’Etty Hillesum ?

Pour ce nouveau portrait de femme TEDxSaclayWoMen, rencontrons cette voix singulière qui, au cœur des heures les plus sombres de l’Histoire, a tenté de préserver une liberté que les nazis s’acharnaient à détruire.

Un train quitte le camp de Westerbork pour Auschwitz.

À l’intérieur, Etty Hillesum, 29 ans, écrit une carte à une amie, puis la jette hors du wagon. Le message parvient à destination.

Quelques mots Ă©chappĂ©s Ă  un monde qui s’emploie Ă  effacer jusqu’à son existence : “Nous avons quittĂ© ce camp en chantant.”

Etty sera assassinée à Auschwitz. Sa voix nous est parvenue à travers les écrits qu’elle a laissés.

Mais que peut encore une voix humaine lorsque tout semble organisĂ© pour la faire taire ? Comment traverser la violence sans lui abandonner notre manière de regarder, d’aimer et d’agir ?

N’y cherchons ni mĂ©thode pour devenir invulnĂ©rable ni recette du courage. Son journal raconte un combat intĂ©rieur, menĂ© au milieu d’une persĂ©cution bien rĂ©elle : celui d’une femme qui cherche Ă  empĂŞcher la haine de ses bourreaux de devenir le principe organisateur de sa propre existence.

Car Etty n’est pas une héroïne figée dans la perfection. C’est une jeune femme qui désire, doute, aime, se contredit et cherche sa place. Son journal évoque sans détour sa vie intime. Elle veut comprendre le monde, mais aussi se comprendre elle-même.

Puis la persécution nazie se resserre. Sa vie et celle des autres Juifs sont menacées. Au fil des pages, sa recherche intérieure transforme sa manière de regarder les autres.

L’écriture ne la protège pas du danger. Elle ne lui rend pas le pouvoir sur les événements. Elle lui permet de chercher où se tenir lorsque tout vacille.
Refuser la haine ne signifie pas nier le mal. Cela signifie tenter de ne pas lui abandonner jusqu’à sa vie intérieure, jusqu’à sa capacité de reconnaître en l’autre un être humain.

Mais attention : le chemin d’Etty n’est pas une leçon Ă  imposer aux victimes. Fuir, se cacher, rĂ©sister, Ă©prouver de la colère ou simplement tenter de survivre sont autant de rĂ©ponses dignes. Nul ne devrait avoir Ă  prouver son humanitĂ© en se montrant plus fort que sa souffrance.

RĂ©duire Etty Ă  la douceur ou au sacrifice serait mal la connaitre. Elle ne cherche pas Ă  tout accepter. Elle cherche une orientation propre, au moment mĂŞme oĂą l’Histoire menace tout ce qui l’entoure.

Alors, que nous reste-t-il de sa voix ?

Peut-ĂŞtre cette question, aussi fragile qu’essentielle : lorsque la violence tente d’occuper tout notre horizon, comment prĂ©server en nous la possibilitĂ© de voir, d’aimer et d’agir autrement ?

Etty ne nous parle pas depuis un monde où le mal aurait été vaincu. Elle nous parle depuis un monde où il est à l’œuvre.

Et c’est peut-ĂŞtre lĂ  que rĂ©side la force de son tĂ©moignage : ne pas laisser la barbarie dĂ©cider seule de ce que signifie ĂŞtre un humain.

Ecrit par Thomas Vassort